Le futur est Agentic, et nous ?

Sur cette page

Hier 16 Mars 2026 se tenait la conférence annuelle de Nvidia. Au-delà de l'habituel "The more you buy, the more you save" de son CEO Jensen Huang, une slide a particulièrement retenu mon attention, car elle décrit probablement la transformation numérique des entreprises pour les 5 à 10 prochaines années.

De quoi parle-t-on ?

Après la transformation digitale en mode « Move to the cloud » des entreprises — que ce soit de façon directe, en provisionnant des ressources cloud (privées ou publiques), ou indirectement, en souscrivant à des milliers de SaaS (Office 365, Slack, Salesforce, HubSpot, Notion, Google Workspace, etc.) —, une nouvelle phase s'amorce. Avec l'avènement des LLM dotés de fenêtres de contexte étendues, multimodaux et capables d'appeler des fonctions, nous entrons dans l'ère du remplacement des opérateurs humains par des "Agents IA"

À une différence majeure près : la vitesse d'adoption. Là où le « Move to Cloud » a mis plus d'une décennie à s'imposer via de lourds chantiers d'infrastructure décidés d'en haut ("top-down"), cette révolution agentique s'invite directement sur le bureau de l'utilisateur final ("bottom-up"). Elle ne sera pas graduelle, elle sera fulgurante.

La méthode est simple :

  1. Prenez les logiciels que vous utilisez tous les jours. Outlook ? Word ? <mettez ici votre logiciel principal> ?
  2. On crée un serveur MCP pour interagir avec ce logiciel (comme une API, mais universelle). N'oublions pas que les LLM sont multimodaux : ils peuvent aussi "voir" l'écran. Ce serveur expose toutes les actions possibles sous forme d'outils (tools). Ouvrir un email ? => Tool. Répondre au mail ? => Tool. Etc.
  3. Ensuite, on crée une "Compétence" (SKILL), qui décrit le processus métier pour utiliser ces outils. Par exemple, pour la compétence « Passer en revue mes mails et écrire des brouillons de réponses », on va décrire au modèle exactement quels outils utiliser, à partir de quel serveur MCP, dans quel ordre, quelles sont les entrées/sorties attendues, etc.
  4. Finalement, on modélise toute votre journée comme une collection de processus, de SKILLS et de TOOLS. On crée des automatisations, des arbres de décision, on ajoute des garde-fous et des étapes de validation manuelle par un humain.
  5. On donne un joli nom à votre agent : "Marcus"  — et voilà : on a automatisé votre travail bureautique !

Ça ne vous fait toujours pas peur ?

Et si je vous disais que tout ce que vous voyez sur un écran d'ordinateur peut devenir un serveur MCP avec ses propres outils ? Que les modèles d'IA d'aujourd'hui disposent d'une mémoire quasiment infinie, ont accès à tous les documents de votre entreprise, et peuvent travailler 24/7 pour à peine 20$ par jour ? (Sans compter que plus les machines et les modèles seront performants, plus le coût d'utilisation des agents baissera).

Toujours pas ?

Et si, pour finir, je vous disais que l'Autrichien Peter Steinberger a créé le projet open source "OpenClaw" en novembre dernier, spécifiquement pour accomplir ce que je viens de décrire ? Et que ce projet est d'devenu l'un des plus soutenus et reconnus de la communauté, dépassant même Linux, React ou Kubernetes. En moins d'un mois ....

Ok, mais et maintenant ? Nous, les humains ?

C'est là toute la question. Je tiens à vous rassurer : le monde ne va pas s'écrouler. Cette nouvelle révolution pourrait même avoir des bénéfices inattendus, particulièrement en France. En faisant croître massivement notre productivité, nous pourrions enfin réussir à maintenir notre modèle social, structurellement déséquilibré, sans pour autant appauvrir la population.

Comme dans toute transformation profonde, de nouveaux métiers naîtront et d'autres disparaîtront — souvent pour le mieux s'il s'agit de tâches répétitives, ennuyeuses et sans réelle valeur ajoutée. La capacité qu'offre l'approche « agentique » permet de rendre chaque seconde du temps humain plus précieuse et mieux valorisée que jamais.

Cependant, à la question : « qu'adviendra-t-il de la majorité des métiers de bureau ? », je n'ai pas de certitude absolue. Seulement l'intime conviction que d'ici 5 ans, soit ils n'existeront plus sous leur forme actuelle, soit ils seront profondément transformés.

En tant qu'ingénieur, je vois moins cette transition comme une menace que comme une formidable page blanche. La migration vers le cloud a connecté nos logiciels ; l'ère des agents va les piloter à notre place pour nous redonner le temps d'exprimer notre talent. Ne nous demandons plus quels métiers vont disparaître, mais plutôt ce que nous allons accomplir quand nous n'aurons plus à faire le travail des machines.

La question n'est plus de savoir si cette bascule aura lieu, mais si vous avez déjà commencé à vous y préparer, vous et votre entreprise.